La restauration des terres dans le bassin du Congo : un long voyage déjà commencé

Par Salima Mahamoudou et Will Anderson | World Resources Institute

Alerte à la dégradation des terres : l’Afrique s’effrite

Coupe abusive des arbres, ruissellement abondant, surface du sol encroutée, réduction de la fertilité des sols : ces derniers font partis des nombreuses conséquences de la dégradation des terres. Plus de 2 milliards d’hectares de terres sont aujourd’hui dégradés à travers le monde, du fait des activités humaines et du changement climatique. C’est un processus qui s’accélère et qui touche tous les continents, surtout l’Afrique. Selon l’ONU et la Banque mondiale, chaque année en Afrique, environ 3 millions de superficie arable et de forêts connaissent une baisse de productivité, avec des pertes de fertilité liées à l’érosion, à l’épuisement des sols et à la déforestation. En Afrique, cette situation affecte des millions de personnes – à commencer par leur accès aux ressources alimentaires et à l’eau – qui sont parmi les plus vulnérables.

Restaurer des terres, restaurer l’espoir

Lors du Sommet des Nations Unis sur le climat en 2014 et à travers la Déclaration de New York sur les Forêts, la dégradation des terres a été reconnu comme étant un problème majeur pour le développement durable et le changement climatique. C’est dans cet élan que le concept de la restauration des paysages et des forêts (RPF) a été identifiée comme une nécessité afin d’accroître la productivité des terres et ainsi rétablir les fonctions des écosystèmes et des services rendus.

En Afrique, la mobilisation pour la restauration des terres dégradées gagne davantage de terrain et les initiatives nationales se multiplient à travers l’Initiative pour la restauration des paysages forestiers africains (AFR100) parrainée par l’Union africaine. L’objectif est restauré 100 millions d’hectares de terres dégradées et reforestées d’ici 2030. De nombreux pays, y compris la RDC, le Cameroun, la République Centrafricaine, ont pris des engagements nationaux visant à promouvoir une gestion intégrée des paysages et des forêts, le tout à travers un vaste programme de reboisement, mais aussi un travail de fond sur la gestion des sols et des ressources en eau. Ce travail est lié à plusieurs engagements internationaux dans le domaine du développement durable comme les Objectif de Développement Durable (ODD), de l’exploitation forestière et de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. 

La restauration des terres protège la biodiversité et lutte contre le changement climatique. En récupérant des fonctionnalités écologiques des terres dégradées ou déboisées, elle améliore également les moyens de subsistance des populations qui en dépendent. La portée de la restauration des terres va au-delà de la simple plantation d'arbres, et regroupe une diversité d’activités visant à l'amélioration de la fonctionnalité d’un paysage y compris son habitat, ses ressources naturelles, sa biodiversité et même ses valeurs socio-culturelles. De plus, elle ne se limite pas uniquement à restaurer les terres forestières, mais également les terres agricoles, pastorales et zones de mangroves.

La restauration des terres n’est pas inconnue dans le bassin du Congo

En effet, les communautés du bassin du Congo ont restauré des terres depuis des décennies en plantant des arbres sur les terres agricoles, ainsi qu’en pratiquant la sylviculture. Bien que le cadre conceptuel général de la RPF soit nouveau, les principes et les techniques s’y rattachant existent depuis un certain temps et sont bien connus de forestiers. Le pays du bassin du Congo se sont ensemble engagés à restaurer plus de 25 millions d’hectares, une superficie aussi grande que le Gabon !

Les organisations de la société civile, comme l’Amani Institute en RDC, s’engagent également en encouragent des jeunes de la région de Goma à l’Est du pays à planter des arbres pour la promotion de la paix, leur slogan visionnaire qui demande que chaque enfant « adopte[r] un arbre » au lieu d’une armes . Les ONG et centres de recherche contribuent également à cette cause, et continue de se mobiliser à travers de campagne, telle que celle du CIFOR , qui vise à sensibiliser et planter plus de 1,5 millions d’arbres dans le village de Yangambi, au Nord de la RDC.

Au Cameroun, la restauration des terres a des objectifs socio-économiques

Reconnu comme un leader à travers son engagement ambitieux de 12 millions d’hectares à restaurer d’ici 2030, le Ministère de l'Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable (MINEPDED) et le Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF) du Cameroun ont pris pour objectif de restaurer des terres afin de renforcer les moyennes de subsistance en créant des emplois, en améliorant la sécurité alimentaire et en pérennisant des rendements des exploitations agricoles et forestières.

À Mogazang dans l’Extrême Nord du Cameroun, par exemple, des agriculteurs, des chefs traditionnels, et le Gouvernement travaillent avec WRI et la GIZ pour augmenter la qualité et la quantité d’eau et de bois de chauffe, ainsi que les rendements agricoles, tout en plantant des arbres et en construisant des mises en défens. Ils arrêtent la désertification et fournissent des nouvelles opportunités économiques à travers des produits forestiers non ligneux comme l’huile de neem ou d’arachide ou encore le sirop de tamarin.

La restauration des terres a longtemps été perçu comme un moyen pour redynamiser les écosystèmes et renforcer la résilience climatique, mais elle s’avère avoir, également, un grand potentiel économique et entrepreneurial. En effet, de nombreuses entreprises africaines ont investi dans la création de pépinières, la plantation d’anacardier ou arbres fruitiers, l’exploitation du bambou ou encore la production de miel. A travers ces investissement les Petites et Moyennes Entreprises (PME) et startups locales réhabilitent les terres, aident les communautés et créent des emplois. A travers l’innovante initiative WRI, le Land Accelerator, ces entrepreneurs et PME africaines dans le domaine de la restauration des terres, peuvent désormais bénéficier de programmes de formation, de soutien et de conseil pour accroître leur ambition et restaurer davantage de terres.

Quel avenir pour la restauration dans le bassin du Congo ?

A ce jour, la restauration des terres dans le bassin du Congo a considérablement évolué, notamment grâce au soutien des gouvernements à travers l’initiative AFR100 et a l’intervention croissante du secteur privé dans cette lutte. Cependant, le grand défi reste de multiplier ces efforts de restauration à grande échelle pour permettre une cohésion des efforts, une meilleure fonctionnalité de nos forêts et de leurs services écosystèmes ; ainsi qu’une amélioration des moyens de subsistance des populations qui en dépendent. Pour cela nous invitions:

  • Les gouvernements à continuer à promouvoir la restauration des terres en transformant les engagements nationaux de l’AFR100 en actions concrètes, mais aussi en encourageant les investissements au niveau local. Cela peut être fait à travers l’identification des activités de restauration les plus adéquates, l’adoption de politiques soutenant les acteurs de la restauration et un renforcement des institutions locales ;
  • Les ONG et centres de recherches à soutenir davantage les zones à risques et à mettre en œuvre la restauration des terres valorisant et intégrant les connaissance et techniques traditionnelles autochtones en matière de conservation du sol et de l’eau ;
  • Le secteur privé à promouvoir le développement des filières impliquées dans la restauration et dans l’utilisation des produits issus de cette activité, tout en assurant une protection de l’environnement et une durabilité des bénéfices socio-économiques ;
  • La population civile à s’informer sur le processus de restauration des terres auprès de leurs élus et à organiser des sessions récurrentes de réflexions qui permettront de regrouper les différentes parties prenantes, d'échanger sur les thématiques relatives à la RPF et sa mise en œuvre et d’assurer une synergie d’efforts.

Et vous chers lecteurs? Avez-vous des suggestions ou recommandations à partager sur les questions suivantes : comment promouvoir la restauration des terres ? Comment assurer une longévité des efforts ? Comment assurer une appropriation des communautés locales ?

N’hésitez surtout pas à contacter Salima Mahamoudou (salima.mahamoudou@wri.org) et Will Anderson (will.anderson@wri.org) pour plus d’information ou pour partager vos idées.

Photo : Ahtziri Gonzalez/CIFOR

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